Current mood:
sneezy
FILMS:
CARRIE AU BAL DU DIABLE de Brian De Palma, avec Sissy Spacek, (1976)
SHINING de Stanley Kubrick, avec Jack Nicholson, (1980)
CREEPSHOW de Georges Romero (1982)
CHRISTINE de John Carpenter (1983)
DEAD ZONE de David Cronenberg, avec Christopher Walken, (1983)
STAND BY ME de Rob Reiner, avec River Phoenix, (1986)
SIMETIERRE de Mary Lambert (1989)
MISERY de Rob Reiner, avec Kathy Bates, (1991)
LA PART DES TENEBRES de Georges Romero, avec Timothy Hutton, (1993)
LES EVADES de Frank Darabont, avec Tim Robbin, Morgane Freeman, (1997)
LA LIGNE VERTE de Frank Darabont, avec Tom Hanks, (1999)
THE MIST de Frank Darabont (2007)
TELEFILMS:
CA de Tommy Lee Wallace (1990)
LE FLEAU de Mick Garris (1995)
CARRIE, le remake (2002)
COMMENTAIRES SUR LES OEUVRES:
CARRIE:
La première adaptation au cinéma du premier roman du plus grand auteur fantastique contemporain raconte l'histoire d'une jeune fille victime des brimades de ses camarades de lycée, et du fanatisme religieux de sa mère. Douée d'un don de télékinésie, la faculté psychique de déplacer les objets à distance, elle sera tragiquement amenée à l'utiliser pour se venger...
A priori rien ne laissait présager au film son succès foudroyant, tant public que critique: un metteur en scène encore au début de sa carrière (qui vient de se faire remarqué en 1975 avec son formidable PHAMTOM OF PARADISE), un écrivain dont on ignore encore le nom (le succès du film fera celui du livre de Stephen King), des acteurs qui n'ont pas encore acquis la notoriété que l'on sait (Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, Nancy Allen, et John Travolta qui n'a pas joué dans GREASE). En effet CARRIE va révéler tout ce beau monde.
Le talent de Brian De Palma consiste à avoir réussi à imposer son style, tout en restant fidèle à l'esprit du livre de King. C'est bien l'adaptation d'un grand écrivain par un grand réalisateur.
Le livre dont le récit non linéaire est difficilement adaptable sera ingénieusement restructuré par le scénariste Lawrence D.Cohen. Outre le pouvoir de télékinésie de Carrie et la fascination qu'il suscite, le réalisateur comme le scénariste ont très bien compris que chez King le surnaturel est un prétexte afin de traiter de thèmes profonds.
Ainsi CARRIE raconte le parcours de cette jeune fille souffre-douleur, victime der ses camarades de lycée, et du fanatisme religieux de sa mère, vivement dénoncé par l'écrivain, dans une Amérique puritaine. CARRIE parle d'une manière encore inédite de la crise d'adolescente, et d'une jeune fille qui se venge de la souffrance subie. Invitée au bal de fin d'année par le beau gosse du lycée, elle devient l'héroïne de ce conte de Cendrillon revisité, jusqu'à ce que le récit bascule de manière irréversible dans l'horreur la plus palpable. Ces thèmes contribueront au succès de l'oeuvre auprès des jeunes, car le principe d'identification du lecteur au personnage, auquel King a toujours attaché une grande importance, est l'une des raisons du succès de son succès.
En outre, tout le monde s'accordera à dire que l'interprétation de Sissy Spacek crève littéralement l'écran. D'autre part la rencontre improbable entre la mise en scène emphatique de De Palma, avec une forme de lyrisme et d'érotisme trouble donne un résultat des plus déroutants.
Récompensé par le grand prix du festival d'Avoriaz en 1977, maintes fois imité mais jamais égalé depuis, le film fait partie aujourd'hui de ces grands classiques du fantastique horrifique.
SHINING:
La famille Torrance s'installe pour la saison morte à l'Overlook, un palace coupé du reste du monde dans les Rocheuses. Danny, le petit garçon, est doté d'un don médiumnique, et converse avec un ami imaginaire, Tony. Jack et Wendy, les parents traversent une crise conjugale. Ce poste de gardien est pour Jack, professeur licencié et alcoolique, l'occasion de se concentrer sur un projet d'écriture de pièce, et de revenir peut-être à ses ambitions littéraires. Mais l'isolement s'avère néfaste pour des gens fragiles. Bientôt, des phénomènes étranges surviennent. Danny devient la proie de ses visions et des fantômes de l'hôtel, Jack redevient agressif, et Wendy est de plus en plus terrorisée...
Stanley Kubrick avait refusé de tourner L'EXORCISTE, qui lui était à l'époque proposé par la Warner. Le film sortira en 1973, réalisé par William Friedking. Vu l'ampleur du phénomène, Kubrick s'en était parait-il mordu les doigts. Julian Senior lui suggèra de lire en 1977 le best-seller d'un jeune auteur fantastique, SHINING de Stephen King. Bien que la première adaptation au cinéma de ce dernier ait déjà connu un succès retentissant, il n'est pas encore reconnu comme le "king" du genre, alors que Kubrick est déjà considéré comme l'un des plus grands cinéastes de son temps et même au-delà. Kubrick, conscient de l'intérêt grandissant du public pour les films d'horreur, et désireux de laisser sa marque indélibile dans le genre en question, décide alors de réaliser un grand film fantastique, destiné à devenir plus tard un classique.
Ainsi il trouve l'inspiration en lisant le roman de King. Or, si le film de Friedking avait été récompensé d'un prix pour avoir livré une adaptation fidèle de l'ouvrage de William Pater Blatty, ce n'est pas le cas du film de Kubrick, bien au contraire.
Kubrick en effet, prend ses distances avec le récit de KIng, et choisi même d'ignorer le scénario écrit par son propre créateur. Voulant adapter au départ un livre de Diane Jonhson, "the shadow knows", il préfère s'associer avec celle-ci pour écrire le scénario. Le réalisateur et la scénariste délaissent des éléments fondamentaux du roman, comme le combat de Jack contre ses penchants alcooliques, ses sentiments contradictoires, les violences physiques qu'il inflige à sa femme et son fils. Ils omettent quelques symboles et métaphores, tels le nid de guêpes, et la pression de la chaudière à surveiller. Ils modifient considérablement les relations que les personnages entretiennent entre eux, et change aussi la fin de l'histoire. SHINING est donc une adaptation très libre du roman. Si Kubrick "trahit" le livre, c'est afin d'imposer sa propre vision du récit. En outre, si l'on peut regretter que l'écrivain et le cinéaste ne se soient pas associés, il n'empêche que le résultat fascine. SHINING de Stephen King est un chef-d'oeuvre de la littérature fantastique, sans doute l'un de ses 2 ou 3 romans les plus efficaces au niveau de la peur. Et le SHINING kubrickien est un chef-d'oeuvre du cinéma du même genre.
Blessé de s'être retrouvé exclu du projet d'adaptation cinématographique, King reprochera toujours au cinéastes les libertés que celui-ci a prises avec son propre livre: "Je pense que Brian de Palma a fait vraiment du beau travail avec CARRIE, que dire du SHINING de Kubrick sinon que Kubrick c'est Kubrick. J'avais travaillé un an sur le scénario, et je pense qu'il était excellent, mais Kubrick ne l'a même pas lu."
D'autre part, les films de Stanley Kubrick se caractérisent généralement par une certaine froideur, alors qu'il y a au contraire dans les romans de King une grande chaleur émotionnelle. Stephen king ne manquera pas d'en faire la remarque en déclarant: "L'épouvante est un genre difficile, qui recquiert une certaine chaleur émotionnelle, et Kubrick est un homme très froid. SHINING est un film réalisé par un cinéaste qui réfléchit beaucoup, et qui ne ressent que de manière superficielle les choses. Jamais il ne vous saisit à la gorge, et c'est bien pourtant ce que l'horreur demande!" Mais si King privilégie l'identification aux personnages dans ses livres, le réalisateur préféra entretenir une distance émotionnelle avec eux, ce qui n'enlève rien à la capacité du film de vous renverser sur votre fauteuil.
Mais non seulement mécontent en tant que romancier dépossédé de son oeuvre, il va aussi vivement critiquer à Stanley Kubrick d'avoir voulu faire son film sans tenir compte des mécanismes traditionnels utilisés afin de susciter la peur. Ainsi, par exemple, concernant la scène anthologique où Jack surprend Wendy en train de feuilleter son "travail": "Il y a une scène classique dans SHINING. Wendy découvre intriguée que son mari a répété la même phrase sur toute une page. Effrayée, elle voit que la seconde est semblable. Elle feuillette le manuscrit, elle est terrifiée. Jusque-là c'est très bien. Mais lorsque Jack apparait derrière elle, et lui demande si elle apprécie, Wendy sursaute... pas nous" King reproche ainsi à Kubrick de casser le suspens. Pourtant, cette scène est considérée par beaucoup comme la plus effrayante du film. Le moment le plus angoissant est lorsque l'ombre de jack apparait. Cette ombre, semblable à la chose qui s'approche derrière le rideau de douche de PSYCHOSE, est-ce lui? Qui plus est, peut-on reprocher au cinéaste d'avoir chercher à révolutionner le genre?
En réalité, l'art kingien et l'art kubrickien sont deux approches différentes des mécanisnes de la peur. Si King est ancré dans une tradition gothique héritée de ses ilustres prédecesseurs: R.Matheson, S.Jackson; l'approche kubrickienne se situe quant à elle davantage sur le plan psychanalytique du récit. Deux manières de distiller l'angoisse donc, l'une n'étant pas moins efficace que l'autre.
Danny, l'enfant médium, apparait comme leprotagonise principal du bouquin. Or, le réalisateur, portant son intérêt davantage sur l'étude caractérielle de Jack Torrance, que sur le don de l'enfant et ses peurs récurrentes, va faire du père le personnage principal de son film. Pour Stephen King, Jack Torrance est un homme vulnérable, mais un père et un mari aimant, qui va se retrouver victime des fantômes de l'hôtel. Pour Stanley Kubrick cependant, le mal n'est pas tant dans le phénomène de possession, que dans la nature profonde de l'homme. Ainsi, sous les traits de Jack Nicholson, il nous impose un Jack Torrance des plus cyniques, méprisant, devenant une figure archétypale du psychopathe. Le personnage du livre vit une lente descente aux enfers dans la folie, alors que celui du film trahit dès le début des signes de démence. Mais cette ironie était déjà présente dans les dialogues de King. Kubrick n'a fait que la mettre en exergue, et lui donner corps.
Quoiqu'il en soit, avec SHINING, Stanley Kubrick avait le désir de tourner le film d'horreur ultime, le plus effrayant jamais réalisé. Tout en se référant à de nombreux classiques (PSYCHOSE, LA MAISON DU DIABLE, LES INNOCENTS, et ROSEMARY'S BABY), Kubrick a réussi à apporter un fantastique moderne où l'horreur peut surgir en pleine lumière, et bouleverse l'art d'amener la peur. Des scènes d'exposition au déchainement de folie meurtrière du dénouement, la montée de l'angoisse est imparable. Kubrick parvient à distiller un climat dérangeant et à communiquer cette impression de claustrophobie au spectateur. Celui-ci n'a pas les repères habituels d'un film d'horreur. Maniant l'art de jouer avec les nerfs du public, la construction du suspens est destabilisante, et le spectateur est saisi par surprise. Nous montrant tour à tour un Jack Nicholson incontrolable, une Shelley Duvall irritante, ainsi qu' un troublant enfant médium et mutique; le film devient proprement terrifiant en ce qu'il démontre, d'une manière irréfutable, la cellule famillale fonctionnant comme une parfaite machine de meurtre programmée.
Et si la pire horreur envisageable serait chez nous?
creepshow:
Bien que n'étant pas l'adaptation de l'un de ses livres, King a écrit intégralement le scénario de ce film à sketches, tourné par son ami Georges Romero, réalisateur de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS. 5 récits macabres à souhait se suivent. Une 6ème en guise de prologue et de conclusion montre la vengeance d'un enfant, furieux de l'intolérance de son père. Ce dernier a commis l'erreur de lui interdire la lecture de ses BD d'horreur préféréés (Les EC comics dont King était lui-même friand) et les lui a jeté à la poubelle.
Le style de l'oeuvre est volontairement, bariolé, fortement porté sur l'humour noiret la causticité. King excelle en jouant un paysan naïf confronté à la chute d'un météore, qui va faire pousser une végétation pour le moins envahissante. La première, une histoire de zombie est un petit chef-d'oeuvre du genre. Et la dernière, une invasion de cafards, nous laisse sur un réel sentiment de malaise.
En somme, un film au concept original, drôle et efficace.
CHRISTINE:
Le talentueux réalisateur d' HALLOWEEN s'affirme alors de plus en plus comme un grand maître du fantastique et de l'horreur. Après avoir fait un remake très réussi d'un classique des années 50 avec THE THING, il s'attaque au dernier roman d'un autre nouveau maître du genre, avec CHRISTINE. Ce livre est l'histoire d'Arnie, adolescent timide et souffre-douleur de ses camarades de lycée (Thème récurrent de King depuis CARRIE). Il voit sa vie changée lorsqu'il fait l'acquisition d'une belle voiture des années 50, qu'il surnomme "Christine". Or, si celle-ci semble redonner confiance au jeune homme, son comportement change et il devient de plus en plus agressif. La voiture est en réalité possédée par un esprit maléfique qui vampirise littéralement Arnie. Sembant jalouse, elle va le monter contre ses parents, son seul ami, et sa récente fiancée. Christine devient meurtrière et accule Arnie à l'auto-destruction. Ainsi le danger du rapport affectif entretenu avec une acquisition matérielle et les conséquences d'asservissement de l'homme à la machine semblent être les thèmes majeurs de l'un des romans les plus populaires de King. Fan de rock'n roll, celui-ci a tenu à faire revivre l'esprit des années 50.
John Carpenter en fait un film fantastique très efficace et séduisant. Si le réalisateur avouera plus tard avoir des regrets pour avoir enlevé un des éléments du livre, à savoir le corps décharné du précédent propriétaire de la voiture, il s'avère que cette omission est un choix qui a plutôt jouer au contraire en sa faveur. Car ce ne sont pas les effets gore qui amènent la peur, et font l'intérêt du livre.
CHRISTINE est un suspens palpitant, et la transformation psychologique d'Arnie est particulièrement saisissante.
DEAD ZONE:
La même année que CHRISTINE, sort sur les écrans un autre film qui restera également l'une des meilleures adaptations de Stephen King, voir par certains comme l'un des plus beaux films fantastique du cinéma. Ce n'est autre que David Cronenberg, un autre grand cinéaste et maître du genre, qui réalisa ce joyau.
DEAD ZONE raconte une nouvelle fois l'histoire d'un homme dont les pouvoirs particuliers, en l'occurrence il s'agit d'un don de prémonition, vont à la fois l'élever au-dessus du commun des mortels, et fatalement faire de lui une victime. Johnny Smith, jeune professeur, envisage de se marier, lorsqu'un terrible accident de voiture fait basculer sa vie dans le drame. Plongé dans un coma qui durera quatre ans, il en ressortira avec l'acquisition de cette faculté extra-sensorielle. Mais la femme qu'il aimait l'a entre-temps quitté pour un autre homme. Lors d'un meeting politique, en serrant la main de ce dernier, un puissant flash lui révèle que cet homme est une grave menace pour l'avenir de l'humanité...
David Cronenberg acquiert définitivement ses lettres de noblesse de cinéaste talentueux, en signant là une oeuvre sobre et puissante, dont le dénouement final est un grand moment de cinéma.
D'autre part, la qualité du film doit également beaucoup à l'interprétation magistrale de Christopher Walken, qui apporte à son personnage de martyr des temps modernes une aura quasi-mystique.
SIMETIERRE:
L'un des romans les plus effrayants de King, et peut-être le plus noir, a donné au cinéma un nouveau chef-d'oeuvre, un film précieux et fragile, souvent sous-estimé.
Le scénario a écrit par le romancier lui-même, garantissant ainsi une adaptation fidèle à son oeuvre. La mise en scène devait être initialement confiée à Georges Romero, mais ce dernier étant indisponible, il sera remplacé par Mary Lambert, réalisatrice alors de clips (dont madonna) et d'un premier long-métrage. Celle-ci surprend en réussissant à restituer toute la noirceur du roman et restant très proche de l'esprit de celui-ci.
La famille Creed s'installe à proximité d'un vieux cimetière d'animaux. Lois est médecin, il vit avec sa femme rachel, et leurs deux enfants. Leur chat meurre écrasé par un poids lourd sur une route dangereuse. Jud, leur voisin, fait découvrir à Louis l'existence d'un autre cimetière situé plus loin. Appartenant jadis aux indiens Mic-mac, celui-ci aurait le pouvoir de ramener les défunts à la vie. Mais ils n'on plus grand-chose d'humain. Un jeune homme que Louis n'avait pu secourir lors de sa mort revient en fantôme et l'avertit des dangers de ne pas accepter la mort. Or, c'est au tour de son jeune fils de mourir...
Abordant un sujet aussi tabou que la mort d'un enfant, SIMETIERRE est un film où l'horreur n'exclut pas le pathétique. Contairement à Kubrick qui avait exclu de son film cette chaleur émotionnelle caractéristique de l'oeuvre kingienne, cette sensibilité est ici
subtilement amenée par le regard de la réalisatrice, ainsi que ce souci de chercher l'humain dans l'horreur, et l'horreur dans l'humain. Ainsi, SIMETIERRE n'est pas une histoire de zombie traditionnelle. Si le film comporte quelques effets gore des plus saisissants, c'est surtout la finesse avec laquelle il utilise le parti-pris de la suggestion qui le rend efficace. Sa lente et inéluctable progression des premières manifestations surnaturelles jusqu'au point de non-retour dans l'horreur et la folie du dénouement final, le rend terrifiant. "SIMETIERRE constitue une race nouvelle de films d'horreurs, il ne met pas en scène un méchant. Le méchant, c'est la peur.", commente Mary Lambert, avec justesse.
CA:
C'est avec "le fléau" le roman-fleuve le plus long de King, avec 1500 pages en édition de poche "j'ai lu". Impossible donc d'en faire un film de deux heures pour le cinéma sans le charcuter. Ce sera alors sous la forme d'un téléfilm de trois heures que l'adaptation parait en 1990, réalisé par Tommy Lee Wallace. Le résultat surprend, c'est une véritable réussite. Lawrence D.Cohen, qui avait déjà brillament adapté CARRIE, a fait un scénario excellent. Il condense le gros pavé de l'auteur en préservant l'essence et toute la saveur du livre, même s'il a fallu sacrifier quelques péripéties.
A Derry, ville du maine chère au romancier, une créature qui prend la forme de votre pire cauchemars, réapparait tous les 27 ans. Et comme elle s'attaque surtout à des enfants, c'est sous l'apparence du clown Grippe-sou qu'elle se manifeste le plus souvent. Sept enfants liés d'amitié se sont unis pour combattre le monstre, et ont juré de revenir lorsque "ça" réapparaitrait. Ainsi ce sont les mêmes enfants devenus des adultes, qui près de 30 ans plus tard vont à nouveau s'unir pour tenter de tuer la bête...
Comme son titre l'indique, "ça", au sens psychanalytique, est le démon intérieur qui tapi dans notre subconscient, qui nous torture, et rejaillit à diverses étapes de notre existence. Une incarnation du mal résidant en l'homme, en somme. Et comme le déclare son auteur, c'est une oeuvre qui parle de l'enfance: "Je crois qu'on ne cesse de revivre celle-ci tant qu'on ne l'a pas mise définitivement ..é, seul moyen de devenir un adulte et d'élever vos propres enfants."
CA est devenu avec le temps l'un roman les plus célèbres de son auteur, en plus d'être l'un des meilleurs. Le téléfilm est à la hauteur, et demeure un modèle d'adaptation télévisuelle d'une oeuvre de l'écrivain. Le réalisateur Tommy lee Wallace a limité une édulcoloration redoutée en compensant la réduction d'effets gore par des effets visuels séduisants et de "fascinantes incursions surréalistes", comme il le dit lui-même. Les personnages semblent tout droit sortir du livre, et la nostalgie de l'enfance qui parcourt toutes les pages est merveilleusement restituée.
MISERY:
L'un des romans majeurs de Stephen King. C'est aussi l'un des plus personnels, dans lequel l'auteur projette ses propres angoisses. Paul Sheldon est un écrivain à l'eau de rose à succès. Aussi, lorqu'il décide de passer à un autre style, l'une de ses fans n'est pas du même avis. Victime d'un accident de la route, il est recueillie par une ex-infirmière qui lui déclare être son admiratrice n°1. A première vue rassurante, et se croyant en sécurité entre de bonnes mains, celle-ci manifeste bientôt de brusques sautes d'humeur. En plein hiver, ils se retrouvent tous deux isolés en plaine campagne. Sous la menace, l'écrivain se voit contraint d'imaginer une suite à son roman-feuilleton au terme duquel l'héroïne décédait. Cette femme est en réalité psychotique et très dangereuse. L'écrivan est prisonnier de son emprise...
MISERY est un roman très dur. Stephen King n'a t-il jamais eu peur d'être un jour victime de l'un de ses fans qui se serait un peu trop identifié aux personnages de ses livres, jusqu'à perdre le contact avec la réalité. Sans doute que oui...
Rob Reiner, après l'émouvant STAND BY ME, réalise un huis-clos oppressant, sidérant, mettant en scène des acteurs à couteaux tirés. Kathy Bates remporta un oscar pour son époustouflante interprétation, bien mérité.
LA PART DES TENEBRES:
Longtemps resté au placard, suite à des problèmes avec orion, la société de production, THE DARK HALF sort enfin sur les écrans en 1993. Grand spécialiste du genre, rendu célèbre avec son mythique LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de 1968, et ami de Stephen King, Georges A. Romero en est le réalisateur. Autant dire que ce film étant attendu avec ferveur, d'autant plus que le roman est très populaire, au sens noble du terme et qu'il était défendu par le romancier lui-même: "THE DARK HALF est toujours dans les limbes, et c'est vraiment honteux, cer il s'agit d'un film superbe, peut-être l'un des meilleurs de Romero, si ce n'est le meilleur."
Mais son accueil critique sera mitigé, beaucoup le jugeant en-deça de ce que l'on pouvait espérer de cette rencontre de deux grands noms de l'horreur. L'on ne peut manquer de relever deux points négatifs: l'intrigue se résume trop souvent à une enquête policière où les personnages conversent entre eux; et une certaine timidité lors des séquences de meutres, que l'on pouvait espérer plus sanglantes.
Pourtant, THE DARK HALF a été injutement dénigré, car il s'agit d'une oeuvres des plus intéressantes. Rappellons l'histoire pour commencer. Le sujet est en partie autobiographique, puisqu'il traite du thème de l'écrivain qui choisit de se creer un autre nom, un pseudonyme, pour publier de nouveaux ouvrages. En effet, King l'avait fait en écrivant quelques romans sous le nom de Richard bachman. Dans THE DARK HALF, king va projetter ses angoisses personnelles, comme il fera avec MISERY, en imaginant le pire... qui aurait pu, ou qui pourrait arriver. Thad Beaumont, romancier à succès en a assez de son image trop lisse, et a envie de pouvoir laisser davantage libre cours à ses pulsions. C'est sous le nom de Georges Stark qu'il publie alors quelques livres gore dont le succès vont le dépasser. Jusqu'au jour où un homme découvre que la même personne se dissimule derrière les deux noms de Beaumont et Starck, et menace de le faire chanter. Thad Beaumont décide alors d'"enterrer" Georges Starck, au sens propre du terme, avec cérémonie et photos de presse. Mais le défunt ne sera pas d'avis de retomber si vite dans les oubliettes, et va sortir de sa tombe...
Stephen King a bâti son récit autour de cette thèmatique centrale de dédoublement de personnalité, de ce récurrent conflit intérieur entre le bien et la face la plus sombre de l'être humain. Une légende selon laquelle les oiseaux guident les âmes vers l'au-delà confèrent une dimension poétique et mystique à un roman comprenant des passages sanglants à souhait.
Durement critiqué pour les défauts cités ci-dessus, qui ne sont pas de véritables faiblesses, THE DARK HALF honore de sa présence la longue liste des adaptations de King. Il semble que le choix de Romero de porter davantage l'attention sur la dualité du protagoniste que sur les séquences de meurtres, et le souci de mettre en scène un roman de King au lieu d'un film gore, n'ait pas été perçu. Outre la performance d'acteur de Timothy Hutton, remarquable dans cet exercice périlleux de jouer à la fois le bon et le mauvais, Romero restitue très bien l'atmosphère kingienne du livre.
Un début particulièrement angoissant et une fin impressionnante, à voir à tout prix.
LES EVADES:
En adaptant l'un de ses fameux "novela"(récit bien plus long qu'une nouvelle, mais un peu plus court et moins dense qu'un roman) tiré du recueil "différentes saisons", Franck darabont va être celui qui, après Rob Reiner, va démontrer au grand public que Stephen King n'est pas seulement un écrivain fantastique maniant l'art du suspens et porté sur le gore, mais ces ouvrages sont aussi porteurs d'émotion.
En effet, non seulement l'écrivain a toujours eu un coeur depuis son premier livre, mais il excelle aussi dans le récit classique.
Franck darabont développe le court récit de King en un long-métrage de deux heures. Accusé à tort du meurtre de sa femme, un homme se retrouve condamné en prison à perpétuité. Il parvient à créer des liens amicaux dans cet univers carcéral impitoyable. Personne ne saura ce qui se dissimule derrière l'affiche de Rita Hayworth, sur le mur de sa cellule. Ce qui lui permettra de retrouver sa liberté...
Véritable hymne à l'espoir et à la liberté, Franck Darabont réalise un film superbe, qui sera nominé aux oscars. Tim Robbins campe à merveille le rôle principal, et morgan freeman est excellent dans son personnage cynique et blasé. Après STAND BY ME de rob Reiner, LES EVADES est une oeuvre qui restera dans les mémoires, un film qui contribue à rappeler que King , n'a jamais exclu l'humain, au sens noble du terme, de l'horreur.
Deux ans plus tard il adaptera LIGNE VERTE, avec Tom Hanks. Cela fonctionne très bien, et King semble désireux de prendre position dans des sujets politiques concernant son pays, tel que la peine de mort.
THE MIST:
Premier et plus long récit du recueil de nouvelles "skeleton crew", "Brume" distille une intense atmosphère de frayeur. Un épais broillard envahit soudain la ville et son supermarché, où les gens qui s'y trouvent vont rester bloqués. Quelque chose d'horrible semble se cacher dans cette brume dont on ignore la provenance. Des rumeurs de tests militaires, de tentatives d'ouvrir les portes d'autres dimensions se font entendre. Les gens qui disparaissent dans la brume hurlent de terreur, et nous découvront qu'elle abrite des monstres. Les gens bloqués dans le supermarché forment une communauté en proie à la terreur, qui va tenter de percer le mystère...
Après le succès, à la fois critique et public de LES EVADES et LA LIGNE VERTE, Franck Darabont signe là un huis-clos efficace. Il restitue habilement l'ambiance de terreur glauque présente dans le livre. Mettant en valeur le parallèle entre les monstres venant de l'au-delà avec les comportements monstreux de certaines personnes en situation de survie, THE MIST fait partie de ces films dérangeants. Et ce, jusqu'au final qui vous retourne sur votre fauteuil, une fin sombre et ambiguë, que Stephen King aurait aimé écrire, d'après son propre aveu...





